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SORTIR DE SA ZONE DE CONFORT: OUI ! MAIS JUSQU'OÙ ?

Elise Ghaye

Parc National de Waterton Lakes, Alberta - septembre 2017

Parc National de Waterton Lakes, Alberta - septembre 2017

Un de mes objectifs personnels durant cette aventure est de sortir de ma zone de confort. C’est aussi une de mes plus grosses angoisses. J’ai toujours eu un peu peur de l’inconnu et j’ai pris l’habitude de rarement laisser de la place aux imprévus. C’est pourquoi jusqu’ici mes journées étaient souvent bien organisées et bien remplies afin qu’elles soient productives. La peur de l’ennui joue certainement un rôle dans cette envie de tout contrôler. Mais vouloir tout décider et tout planifier dans ce genre de voyage est non seulement presque impossible mais également frustrant car les choses se passent rarement comme prévues.

"J’ai pris l’habitude de rarement laisser de la place aux imprévus. "

En débutant cette expédition, je savais que j’allais inévitablement sortir de ma zone de confort. Mais je n’imaginais pas à quel point. Sur la route, chaque jour est tellement différent que la routine n’existe presque pas. Bien sûr des habitudes liées à la vie en van s’installent. Chaque matin ou presque, nous préparons le petit-déjeuner en buvant notre café et chaque semaine nous savons que nous devons remplir notre frigo (ce qui s’apparente plutôt à une partie de Tetris). Mais depuis notre départ, même si nous avons une idée globale de notre itinéraire, chaque étape de notre aventure est dictée par nos envies du moment, la météo et les rencontres que nous faisons. L’imprévu qui m’effrayait tant avant le départ fait aujourd'hui partie de mon quotidien.

Sandcastles, Manitoba - août 2017

Sandcastles, Manitoba - août 2017

Progressivement, la curiosité m’aide à sortir de la bulle protectrice dont je m’étais entourée, même si elle est souvent prédécédée d’appréhensions et de tous ces “et si ça arrive, on fait quoi ?”. De manière générale j’ai toujours tendance à imaginer le pire scénario possible. Ce qui est autant fascinant que intriguant car en aucun cas ces pensées sont bénéfiques. Déconstruire cette mauvaise habitude d’avoir des pensées négatives à chaque situation inconfortable ou inattendue prend du temps, mais je commence à comprendre que laisser place au hasard et à l’improvisation est inévitable pour profiter de ce nouveau mode de vie. L’aventure peut s’arrêter à tout moment et prendre conscience de cela permet de profiter de chaque instant.

Sortir de ma zone de confort est donc une chose que j'expérimente quotidiennement. Chaque jour apporte son lot de challenges et de risques potentiels. Mais j’essaye de garder en tête qu’il y a toujours quelque chose à apprendre et à retirer de chaque situation. Tout moment compliqué est une opportunité de grandir et d’évoluer. Cependant, dans certains cas, je me demande jusqu'où il est bon de se dépasser et je pense qu’il est important de définir et connaître ses limites.

"L’aventure peut s’arrêter à tout moment et prendre conscience de cela permet de profiter de chaque instant. "
Manitoba highways - août 2017

Manitoba highways - août 2017

Mes limites, je les ai outre-passées dans le parc national de Riding Mountain, dans le Manitoba. Connu pour être l’endroit idéal pour l’observation de bisons à l’état sauvage au Canada, Sam et moi avons décidé de tenter notre chance. Très tôt le matin nous avons donc pénétré dans “l’enclos à bisons” (ne vous y méprenez pas, celui-ci détermine la zone où l’on peut observer des bisons évoluant en toute liberté depuis son véhicule, sans aucune barrière entre vous et l’animal). Passionné par la faune depuis des années, Sam était prêt à immortaliser la rencontre, son appareil à la main et moi j'étais vraiment enthousiaste à l'idée de voir des bisons pour la première fois. Nous roulions depuis quelques minutes quand nous les avons aperçu au milieu d’une route étroite à sens unique, seuls à 6h du matin et sans réseau téléphonique.

"Progressivement, la curiosité m’aide à sortir de la bulle protectrice dont je m’étais entourée."

Je les ai tout de suite trouvé énormes et on a ralenti avant de continuer à avancer vers le troupeau. Je m’attendais à ce qu’ils prennent peur et qu’ils s’en aillent. Sam a coupé le moteur pour ne pas les effrayer afin de pouvoir les filmer le plus près possible. À ce moment précis, trois ou quatre bisons ont commencé à charger. Dans notre direction. Voyant ces masses musclées bourrées de testostérone foncer droit vers nous, Sam a commencé à reculer avec le van en klaxonnant, ce qui a eu pour effet de faire bifurquer les bisons vers le champ juste devant notre véhicule.

"J'étais terrorisée. Je me suis mise à l’arrière du van et ai attendu d’interminables minutes avant de perdre la raison et de supplier Sam pour sortir de là."

C’est à ce moment que j’ai commencé à me sentir en danger. Je ne connaissais rien des bisons et je ne savais pas à quel point ils pouvaient être agressifs. Le problème était que Sam trouvait cette situation passionnante, filmant le seigneur des plaines d’Amérique du Nord dans son environnement naturel. De l'autre côté, je m’imaginais le pire et voir ces énormes bêtes agressives sans possibilité de faire demi-tour au milieu de nulle part ne me procurait aucun sentiment de fascination. J'étais terrorisée. Je me suis mise à l’arrière du van et ai attendu d’interminables minutes avant de perdre la raison et de supplier Sam pour sortir de là. Il n’a compris qu'à ce moment là que j'étais tétanisée et a attendu que les bisons dégagent le chemin afin de poursuivre notre route.

Parc provincial Algonquin-août 2017

Parc provincial Algonquin-août 2017

Les bisons nous chargeaient-ils vraiment ou étions-nous juste sur leur passage ? Avaient-ils de mauvaises intentions envers nous ? Je n’ai toujours pas la réponse à ces questions et je n’en sais toujours pas plus sur le comportement des bisons. Ils n’ont jamais touché ni même effleuré notre van mais l’impression que nous n’étions pas les bienvenus a pris ce jour-là le pas sur toutes mes autres émotions. Cela peut paraître compliqué à comprendre pour certains mais il m’a fallu du temps pour m’en remettre. Rarement je me suis retrouvée dans un tel état de stress et d’insécurité.

Une fois remise de mes émotions, nous en avons longuement parlé avec Sam et j’ai compris que j’avais été trop loin. La vie sauvage peut être fascinante pour certaines personnes mais personnellement je n'éprouve aucune excitation positive à l’observer de si près. Je ne regrette pas cet épisode car je peux en tirer une leçon, mais je sais que pour rien au monde je voudrais revivre ce moment qui restera gravé pour longtemps dans ma tête.

Alors je pense que oui, c’est une bonne chose de sortir de sa zone de confort. Mais c’est également primordial de s’écouter et ne pas franchir les limites que l’on n’a pas envie de dépasser.

Elise.